Hondelatte le jour, Christophe la nuit

Christophe Hondelatte a donné un concert au Batofar. Le bouillonnant journaliste a dressé un premier bilan de sa carrière de chanteur, entamée il y a un an. Il a également commenté sa place particulière dans les médias Français.

Les tours de la Bibliothèque nationale de France sont plongées dans la nuit hivernale. Sous la lumière des réverbères, un crachin glacial fait luire la peinture rouge-sang du Batofar. La célèbre péniche-concert du Quai François Mauriac accueille Christophe Hondelatte. Le chanteur n’a pas donné de concert depuis un an. En cette fin d’après-midi, les musiciens viennent de terminer le réglage de leurs instruments.

Christophe, « 50 ans la semaine prochaine », est un Bayonnais qui fait de la musique avec des amis de sa région. Installé dans une loge tapissée d’autocollants laissés par les artistes venus se produire dans la salle, il parcours du regard le plafond. « Je suis sûr qu’un paquet de ces groupes n’existent plus », lance-t-il en crachant la fumée de sa Davidoff. Il se lève. « Attendez, je vais essayer de récupérer le clébard. Pitchoune, viens-là ! » Un Milou fatigué se présente. « Il a quinze ans. C’est un vieux machin un peu sourd, un peu aveugle, un peu arthritique », déclare le maître en câlinant son chien.

Son premier album, Ou pas, sorti il y a un an, est toujours disponible gratuitement sur internet. Le chanteur, qui s’est auto-produit, se montre satisfait de son audience. « J’ai eu presque 50 000 téléchargements. Si je l’avais mis en vente, je serais peut-être arrivé à 5 000… »

Pour sa prochaine création, Christophe voudrait trouver une maison de disque. « C’est compliqué. Ce qui est sur c’est qu’en 2013 sortira un mini EP de cinq ou six titres. Le style musical sera différent. Ce sera plus rock. J’ai fait des progrès, il y aura une différence vocale ». Il a décidé de baisser sa voix d’un ton à un ton et demi, « pour mettre en phase ma voix de radio avec ma voix de chanteur. » Il pointe du doigt son paquet de cigarettes posé sur la table de bois. « C’est aussi à cause de ça. »

« Je fais mon métier en chantant »

Est-il plus stressant de se produire devant cent spectateurs que dix millions de téléspectateurs ? Journaliste de formation, Christophe fait la comparaison. « On retrouve le même côté artistique. Il y a une part de comédie, de mise en scène dans Faites entrer l’accusé. A la télévision, il faut imaginer les gens à qui on parle, les envisager de manière visuelle. » Il réfléchit quelques secondes et reprend.« Je fais mon métier en chantant, car je raconte de petites histoires. »

 Le show-man avoue avoir peur de remonter sur scène. Il manque de professionnalisme. « C’est un vrai métier la musique. Je n’ai pas le temps de travailler. Objectivement, ce soir, je ne serai qu’à moitié prêt. Il me manque quatre ou cinq répétitions. » Il assume ce côté dilettante et rappelle que la place du concert  ne coûte que treize euros.

« Plus ça va, moins j’ai envie de parler de moi »

L’artiste est célèbre pour son caractère impulsif, qu’il ne cherche pas à cacher sur la scène médiatique. « Le principal reproche qu’on me fait, c’est d’occuper du temps d’antenne en me servant de mon statut », déplore-il. « Je ne demande rien à personne. J’épanche juste mon envie artistique. Je ne cherche pas le buzz. Je l’ai en partie nourri à la fois par le choix de mes mots et certaines de mes réactions. » Une légère lassitude pointe dans sa voix quand il évoque sa place spéciale dans le monde du journalisme. « Je suis une espèce de bête médiatique avec laquelle on s’amuse, un punching-ball sur lequel on aime taper. Et plus ça va, moins j’ai envie de parler de moi. » Il envisage de ne pas faire de promo pour son prochain album.

La réputation de « fou » qu’il traîne oblige à l’interroger sur les vertus thérapeutiques de la création artistique. Il n’y croit pas. « La musique est une vibration. On la sent là [Il se frappe deux fois le plexus]. Elle permet d’exprimer mais pas de guérir. Ce serait une connerie de penser qu’elle soigne. »

Hondelatte animera à partir de la semaine prochaine une émission sur la nouvelle chaîne Canal 23. Son directeur, Pascal Houzelot, fondateur de Pink TV, lui a rendu visite.

« J’ai la trouille »

Trois heures après l’entretien, c’est le moment de monter sur scène. Alors que ses musiciens s’emparent de leur matériel, Christophe enfile à la va-vite son costume. « Pas de photo ! », rigole-t-il en passant une jambe dans son pantalon. « Frantxoa, fais nous la prière », ordonne le bassiste Nicolas au batteur. Le chanteur sautille. « J’aimerais bien pisser. Je pourrais le faire sur le public. C’est pas rock-star ça ? » Les musiciens vont prendre place, abandonnant leur leader à son triste sort. Il s’installe derrière le rideau. Le silence règne dans la salle. Christophe tourne ses yeux mélancoliques vers la caméra qui le filme. « J’ai la trouille », souffle-t-il. Il soulève le voile. Les projecteurs s’allument.

Jean Morizot

L’héritage de Vichy : Ces 100 mesures toujours en vigueur

Une fois n’est pas coutume : hier soir après le foot, je ne veux pas mettre la tête dans la gazinière. Je fuis les beuglements de Christian Jean-Pierre en zappant sur Ce soir (ou jamais !). Parmi les invités, le businessman Charles Beigbeder, l’économiste Thomas Piketty, l’actrice Dolores Chaplin (petite-fille de). Les discussions du jour portent sur :

– La taxation des œuvres d’art, sujet dépassé depuis l’après-midi.

– La dépénalisation du cannabis, sujet dépassé depuis la veille, depuis juin dernier, depuis le 18 joint 1976.

L’héritage de Vichy, aux éditions Armand Colin

Après ces débats et un interlude sur l’homme de l’an 3000, l’historienne Cécile Desprairies rejoint le plateau. Cheveux courts au carré, foulard et jupe bleu turquoise, lunettes avec branches à damier, cette universitaire a le teint rougi par le stress. Un peu perdue sur son canapé parmi les habitués, elle entame le dialogue avec l’animateur.

Cécile Desprairies publie L’héritage de Vichy : Ces 100 mesures toujours en vigueur. Dans ce livre, elle a « essayé dans différents domaines d’expliquer à quel point nous sommes influencés par cette période ».

Taddéï liste certaines de ces mesures prises pendant la guerre. L’invitée commente. Quelques lois sont inspirées du programme inachevé du Front populaire, qui n’a pu gouverner que deux ans. D’autres s’alignent sur les idéologies de l’occupant. Résumé de l’entretien :

– La carte nationale d’identité obligatoire : pour savoir qui est qui …

– La police d’Etat : pour garder la paix. Les gestuelles et costumes sont inspirés par les nazis : Le Larousse précise:  » En 1941, les policiers sont obligés de prêter serment de fidélité au Maréchal Pétain: « Je jure fidélité à la personne du Chef de l’Etat pour tout ce qu’il me commandera dans l’ intérêt du service et de l’ordre public pour le bien de la patrie. »[…] Le 23 avril 1941, création de la Police Nationale. La police est étatisée dans toutes les villes de plus de 10 000 habitants et Paris conserve toujours sont statut particulier. L’organisation de la police restera pratiquement ainsi jusqu’à la fin du XXe siècle. »

– L’heure d’été : on règle sa montre sur l’horaire en vigueur à Berlin. Supprimée à la libération, elle fut réinstaurée en 1976 lors du choc pétrolier.

– Le code de la route : l’Allemand pouvant s’égarer en tentant de se rendre de Champs-sur-Yonne à Mailly-la-Ville, il est nécessaire d’instaurer une signalétique claire.

– La fête des mères.

– L’accouchement sous X : pour empêcher l’infanticide, l’avortement (alors puni de mort), promouvoir les naissances et protéger les « enfants de Boches ».

– La « retraite des vieux ».

– Le salaire minimum (aujourd’hui Smic) : bien inférieur au salaire du STO, programme de travail auquel il est vivement recommandé de souscrire.

– La loi de non-assistance à personne en danger : une loi nazie, qui n’existe qu’en France et en Allemagne. Elle oblige à intervenir lorsqu’il y a du grabuge dans la rue, notamment des attentats contre les Teutons. L’auteur explique qu’elle est « contraire au droit romain » car il est question de « punir quelqu’un pour quelque chose qu’il n’a pas fait ».

– La sirène du premier mercredi du mois à midi : « en Fa dièse ». Si quelqu’un sait pourquoi.

– La culture de la tisane : des « boissons chaudes hygiéniques » pour déshabituer de l’alcool, dont la vente est interdite au-delà de 16°.

– Le menu au restaurant : face aux restrictions, il est obligatoire de proposer un plat du jour à la carte à prix fixe.

– Mozart : le compositeur est totalement oublié à l’époque. Ce sont les Allemands qui imposent son culte.

– Les femmes ont plus de droits au travail et disposent d’un carnet de chèque.

– La visite médicale pour les enfants à l’école : autre mesure hygiéniste.

– Le sport au baccalauréat : conséquence du culte du corps.

Jean Morizot