SOS homophobie à l’assaut des établissements scolaires

L’association SOS homophobie organise des campagnes de sensibilisation dans le secondaire. Selon différentes études, le risque de tentative de suicide est quatre à sept fois plus élevé chez les adolescents attirés par leurs semblables. Et entre 8 % et 10 % de la population serait homosexuelle. D’où l’intérêt d’intervenir en milieu scolaire.

Les adolescents arpentent le long couloir. Une quinzaine d’entre eux, inscrits en classe de seconde 9, se massent devant la salle 315. Sur la porte, une pancarte « SOS HOMOPHOBIE ». Des camarades passent en riant. « A bas les tabous ! », lance l’un d’eux. Une jeune fille tend le bras vers son amie. Celle-ci se récrie. « Je suis pas gay hein ! » Le ton n’est pas moqueur. Ces élèves du lycée Bergson, situé dans un quartier populaire du XIXe arrondissement de Paris, évacuent leur appréhension de la rencontre par le rire. Ils saluent poliment quand les animateurs arrivent.

Jacky, employé dans l’administration pénitentiaire, et Karim, formateur, sont adhérents à SOS homophobie depuis un an. Ils font partie de la cinquantaine de bénévoles qui franchissent le seuil des collèges et lycées français pour des interventions en milieu scolaire (IMS). Pour l’année 2011/2012, l’association a rencontré 533 classes. Plus de 12 000 élèves ont été sensibilisés. Christine Lienhart, la responsable de l’opération, indique que « remplir les demandes des établissements est toujours un challenge car nous manquons de personnes disponibles en journée« .

Une certaine confusion

Les animateurs attaquent la séance par des questions qui pourraient paraître simples. Les participants, âgés de 14 à 18 ans, sont appelés à définir les termes du jargon homosexuel. Qu’est-ce qu’être lesbienne ? « Deux filles qui s’aiment. » « Oui, l’attirance est physique, mais aussi amoureuse », souligne Jacky. Un gay ? « C’est la même mais avec les hommes ». La gestation pour autrui ? « C’est comme vendre un enfant! » Un transsexuel ? « Les Thaïlandais. » Karim Précise. « L’opération chirurgicale, quand elle vient, est l’aboutissement du processus. Il faut savoir différencier orientation sexuelle et identité de genre. » Les adolescents font la moue. « Pour eux un trans, c’est souvent Boulogne, des putes, rien d’autre, prévient Jacky.  Mais toutes les pensées ont le droit de s’exprimer. L’important, c’est que tout le monde essaye de parler.« 

Fort de son expérience, l’animateur n’a pas de mal à dialoguer avec les adolescents

De multiples avis

A leur grand plaisir, les animateurs doivent parfois se mettre en retrait. « Les débats s‘alimentent d’eux-même, commente Karim. Comme il n’y a jamais de majorité, les échanges viennent sans problème. » 

Kadidia pense qu’« un homme peut jouer le rôle de la mère, comme quand les parents sont divorcés ». Ce qui n’empêche pas l’adolescente de se déclarer contre l’union homosexuelle. « Moi je ne suis pas contre, mais c’est par rapport à ma religion. » Karim s’entremet à nouveau dans la discussion. « Si votre meilleur ami vous annonce qu’il est gay, comment réagissez vous ? », interroge-t-il. David insinue que l’ami qui  fait cet aveu « demande une aide ». Chamil, tout sourire, a la bonne solution. « D’abord je lui mets une grande claque. Ensuite je vais parler avec lui ». Il lance sa main dans le vide, au grand étonnement des intervenants. « C’est normal, il est Russe », s’esclaffe Jean, à l’autre bout de la salle. Une allusion, peut-être involontaire, à la loi contre la propagande homosexuelle adoptée récemment par la Douma.

Les élèves ont été appelés à se prononcer sur les différents points du projet de loi lors d’un vote à main levée.

« Leur faire comprendre que rien n’est jamais simple »

 « Ça ne nous concerne pas » est la phrase qui revient le plus souvent. Quelques minutes après la séance, les élèves fument leur cigarette devant le lycée. Loin de se sentir passionnés par ce débat, ils avouent avoir « appris des choses intéressantes ». Dans l’ensemble, ils ne sont pas certains de suivre avec plus de conviction les discussions sur le mariage pour tous. Pour Jacky, ce n’est pas un problème. « On essaye de les sortir des fantasmes, de leur faire comprendre qu’il y a d’abord de l’amour, commente-t-il, on n’est pas là pour faire du prosélytisme ». Depuis un an qu’il intervient, ce militant est ravi de rencontrer ces jeunes. « Nous aussi nous apprenons beaucoup à leur contact. » Les échanges sont parfois durs. « A Drancy, tout s’est super bien passé. A Vincennes, j’ai eu le droit à « Les pédés, au bûcher. » On a moins envie de ricaner. Jacky estime avoir rempli sa mission. « Nous voulons simplement leur faire comprendre que rien n’est jamais simple. »

 Jean Morizot

Violences conjugales : les hommes battus organisent leur défense

Le dimanche 25 novembre se tenait la journée internationale contre les violences faites aux femmes. En France, une seule association lutte pour la reconnaissance des 140 000 hommes victimes de violences conjugales. Le colloque de SOS Hommes battus avait lieu lundi 19 novembre. Au programme, témoignages et décryptages.

La femme battant son mari. Gravure par Abraham Bosse, vers 1633

L’association SOS Hommes battus a réservé une salle du complexe nautique de l’île de Monsieur, à Sèvres (Hauts-de-Seine), pour organiser son deuxième colloque. Cinquante chaises sont installées. Une trentaine de personnes participent. C’est peu, quand on sait que 136 000 hommes Français sont victimes de « violences physiques ou sexuelles par conjoint ou ex-conjoint ». Le chiffre provient du rapport publié dans le bulletin d’octobre de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). L’organisme, qui dépend du Ministère de l’Intérieur, a exploité « les réponses de 29 366 hommes de 18 à 75 ans. » Un large échantillon qui a permis « de mener une étude sur le profil des personnes se déclarant victimes de violences avec une précision inédite ».

« Notre association est féministe »

Fondée en 2008, l’association SOS Hommes battus a obtenu le statut loi 1901 l’année suivante. Sa présidente Sylviane Spitzer accueille les arrivants. Elle présente le programme et s’excuse de l’absence d’un intervenant, qui est injoignable depuis deux semaines. « C’est un sujet qui remue beaucoup de choses. Les gens ont peur d’être connotés dans un courant masculiniste. Or notre association est féministe, assène-t-elle. Nous réclamons qu’hommes et femmes reçoivent le même traitement. » Une victime sur cinq est un homme. En France, un homme décède de violence conjugale tous les dix jours. Une femme tous les trois jours. « Certaines féministes tiennent un discours extrême, constate Sylvianne Spitzer. Elles estiment que s’occuper de la minorité serait nier la majorité. Il faut s’occuper de tout le monde. »

Les diplômés sont les plus exposés

Pierre Bertrand, 52 ans, agrégé de mathématiques, témoigne en premier : « A priori, je ne pensais jamais être concerné. Mon ancienne épouse est normalienne, comme moi. Je pensais ce problème réservé aux classes populaires. » Il évoque le cliché de « la boulangère » avec son rouleau à pâtisserie. Le rapport de l’ONDRP révèle pourtant que les diplômés de l’enseignement supérieur constituent la catégorie sociale la plus exposée aux violences envers les conjoints masculins : Sur mille personnes, 10,8 hommes se sont déclarées victimes contre 15,8 femmes.
Les yeux fixés sur sa feuille de notes, Pierre relate son expérience : « J’ai subi toute une gamme de violences psychologiques et de manipulations pendant vingt ans. » Il est l’un des rares à avoir intenté une action en justice. Sylvianne Spitzer donne les chiffres : « 4% déposent une main courante, 1% portent plainte, 1% entament une procédure de divorce. Il ne se passe rien dans 94% des cas. »
Après quelques minutes, Pierre a posé ses lunettes sur la table. Son regard se perd vers le fond de la salle. Il puise ses paroles au fond d’une douloureuse mémoire. Quand il a déposé une main courante, les policiers lui ont demandé : « Mais pourquoi ne vous êtes vous pas défendu ? Pierre a eu honte : J’avais l’impression qu’ils se foutaient de ma gueule. »

« 95% des juges aux affaires familiales sont des femmes »

Olivier Besida, délégué de SOS Papa à Paris, prend la parole. Il présente son association. Cette dernière réclame qu’aux yeux de la loi, « père et mère soient traités sur un pied d’égalité ». Fondée il y a vingt ans, elle revendique 15 000 adhérents et « conseille en moyenne 6 000 papas par an. » Les pères victimes de pressions ou de violences sont confrontés à un dilemme récurent : « Partir ou rester pour protéger les enfants. Car la mère en obtiendra toujours la garde. »
Plusieurs participants au colloque sont en procédure pour obtenir la garde de leurs enfants. La conversation s’engage sur les JAF (juges aux affaires familiales), une « parodie de justice ». Un homme assure que « 95% des JAF sont des femmes qui favorisent les femmes, protégées par le pouvoir souverain d’appréciation des juges ». Certains ne cachent pas leur dégout du système judiciaire. Ils s’estiment victime de misandrie. « Qu’est-ce que c’est que ces conneries ? », murmure au dernier rang une dame qui quittera la réunion avant son terme.

Une association victime de son succès

A la pause, Sylvianne Spitzer, psychologue de profession, se montre compréhensive. La colère des victimes s’explique. « L’injustice engendre de la rancœur. La rancœur fait partie du processus de deuil. » Elle rappelle qu’il est très dur de témoigner. « L’homme ne veut pas entrer dans un processus de victimisation, ou désire simplement tourner la page. »

La présidente aurait aimé ne pas avoir à fonder SOS Hommes battus. « Le problème, c’est qu’il n’y a pas d’information sur ce sujet. C’est en ça que notre prévention est nécessaire. Si les hommes victimes de violences connaissaient les démarches à suivre, ils n’auraient pas à se tourner vers nous. » Sur la période 2010-2012, la permanence téléphonique – ouverte en semaine le matin – a reçu 3300 appels et 3600 mails. L’équipe consacre environ 45 minutes à chaque personne. « Nous sommes peu nombreux, donc difficilement joignables. Nous sommes victimes de notre succès… »

Le colloque se termine par l’évocation des pays étrangers en avance sur la France. « Aux Etats-unis, une enquête portant sur l’ensemble des 50 Etats est en cours. Il existe dix centres d’accueil à Londres. On en trouve en Espagne, au Maghreb, en Iran, en Irak. » En France, la mairie de Montrouge met à disposition de SOS hommes battus un local. Deux heures par semaine.

 

Plus : Vous trouverez à cette adresse le contenu de l’intervention de Catherine Ménabé, doctorante en droit pénale et sciences criminelles. Le document traite des violences conjugales sous leur aspect juridique. La partie chiffrée contient de nombreuses informations.

Jean Morizot