Concours Ecricome : l’épreuve validée malgré la colère des candidats

L’affaire s’est vite ébruitée sur les réseaux sociaux. Le sujet d’une des épreuves du concours Ecricome, qui donne accès à cinq écoles de commerce (à Rouen,  Bordeaux, Reims, Marseille et Nancy) a été mis en ligne en tant qu’exemple type… quatre mois avant la date du concours, qui se tenait samedi 20 avril. L’organisation a entériné l’épreuve.

Ecricome rassemble plusieurs grandes écoles de commerce

Après deux jours d’hésitation, les organisateurs ont décidé de valider l’épreuve. Dans un mail adressé aux quelques 1200 inscrits dans l’après-midi, ils se justifient. « Ce sujet était publiquement et librement accessible sans restriction, sur le site des annales Ecricome par l’ensemble des candidats avant l’épreuve, le principe d’égalité entre les candidats n’est donc pas remis en cause. »

Furieux,  les candidats floués se sont répandus en messages de protestation sur la page facebook du concours. L’un d’eux, Damien, 21 ans, estime que la colère des postulants est juste. Pour cet étudiant en comptabilité-gestion, « les organisateurs se déresponsabilisent. Nous sommes déçus d’avoir payé si cher (au moins 300 euros en fonction des écoles choisies, nldr) ». Et d’ajouter :« J’ai parlé à des étudiants en Erasmus qui ont du se déplacer, pour rien… »

« Nous sommes dégoûtés »

Une décision injuste, d’autant qu‘ »il était tout à fait possible d’annuler l’épreuve ou au moins de baisser les coefficients ». Damien explique que cet exercice était organisé pour la première fois. « Tout le monde est certes allé voir cet exemple au moins une fois, mais ceux qui sont en école préparatoire privée ont eu tout le temps pour l’étudier. Quand on sait qu’un sujet est en ligne, qu’il est le seul exemple disponible, on suppose qu’il ne tombera pas le jour J. Nous sommes dégoûtés. » Un désavantage qui peut s’avérer fatal pour une épreuve qui ne dure que trois heures et au cours de laquelle il faut écrire 1250 mots.

 Jean Morizot et Alice Moreno

À la Une

Frigide Barjot répond à Karl Zéro et ne lâche rien

Christianisme, famille, avenir… En marge du mouvement des mères veilleuses qui a été lancé dimanche, Frigide Barjot s’est confiée sans retenue pendant une heure.

Frigide Barjot entourée des mères veilleuses

En ce début d’après-midi, une vingtaine de personnes s’attroupe au pied du mur de la Paix, à l’entrée du Champs-de-Mars (Paris VII). Dix mères veilleuses y sont installées depuis dimanche soir. Ces mères de familles combattent le texte de loi sur le mariage pour tous, dont le vote définitif doit avoir lieu aujourd’hui à l’Assemblée nationale. Hier encore, leur mouvement était méconnu. Pourtant, les journalistes sont présents. Frigide Barjot, l’égérie de la Manif pour tous, est venue leur apporter son aura médiatique. Elle martèle son discours : « Un ventre, du sperme, des ovocytes, des gamettes, ça ne se vend pas !  » Les grandes chaînes ont leurs images. Elles plient bagages. Dernière question :  » Quand on voit votre capacité à drainer les médias, on se dit qu’il y a une Barjot-dépendance chez les manifestants… » Elle se réfugie au milieu des mères veilleuses. « Expliquez au journaliste comment je vous manipule, que c’est la dictature de Barjot ! » Éclats de rire. Virginie Tellenne fait du Barjot. Après un moment de flottement, elle revient vers nous, s’excuse. La discussion s’engage. Elle va durer une heure. Assise sur la pelouse du Champs-de-Mars, pieds nus, Frigide se confie sans retenue.

« Il y a des millions de gens qui pensent ce que je dis »

Papillonnant l’air de rien dans sa robe noire, Frigide Barjot, cet après-midi, a encore montré qu’elle est une des composantes du succès des Manifs pour tous. Principalement parce qu’elle est parvenue à décomplexer une frange des catholiques français. « C’est normal, il y a des millions de gens qui pensent ce que je dis, estime-t-elle, et ce que je dis, c’est je vous aime, je vous aime, je vous aime. » Convertie au christianisme il y a une dizaine d’années alors qu’elle n’avait « jamais eu la foi », elle refuse de faire le lien entre ses convictions spirituelles et son engagement dans le débat qui divise le pays. « Ce n’est pas un sujet religieux, mais politique. Pol-éthique. » Toujours est-il qu’elle a trouvé sa voie : « Je suis entrée dans mon sacerdoce, dans ce à quoi j’étais appelée. »

Sous le feu des projecteurs, depuis la naissance de la Manif pour tous en novembre dernier, alors qu’elle n’était « connue que dans quelques milieux parisiens », elle affirme être ici à sa vraie place. « Ce sont des valeurs universelles que je défends. N’essayons pas de changer les hommes, sinon il y aura de la casse.«  Elle va chercher une cigarette, laisse ses chaussures et son téléphone dans l’herbe. Des admirateurs s’approchent. Interrogée par deux jeunes filles, elle dénonce les « actions insupportables des homophobes du Printemps Français« , mouvement d’ultras dirigé par Béatrice Bourges, une ancienne camarade de lutte lors des manifestations. Quelques instants plus tard, un père de famille la félicite timidement. Frigide Barjot fait la bise à sa fille. « Ah vous êtes de Brest. Il n’y a pas de manifestations chez vous ? il faut aller à Rennes alors. » Au moment de poser pour la photographie-souvenir, la militante ressurgit, et glisse en souriant. « Un papa, une maman, deux enfants. »

La nouvelle vedette de la famille

Frigide se lève, dit qu’elle a besoin de se reposer. Elle ramasse un caillou en forme de cœur. La discussion dérive sur sa situation familiale. Elle a souffert de la lettre ouverte publiée par son beau-frère Karl Zéro.« Si Karl a des choses à me dire, je suis ouverte à la discussion. Mais il n’a même pas pris la peine de m’appeler ! » Frigide regrette d’autant plus : « Il avait pourtant promis à Basile (Bruno Tellenne, époux de Frigide et frère de Karl Zéro, ndlr) qu’il ne m’agresserait plus en public. Bon, il n’a pas tenu sa promesse… » Selon elle, son beau-frère a du mal à supporter son accès soudain à la notoriété, quand lui « peine à faire la promotion de son livre » sur Luka Rocco Magnotta. « Il a fait de la peine à sa mère (Annick Lemoine), une femme formidable, qui m’a tant aidée dans ma conversion ! » Et d’ajouter, lasse, « en tant que chrétienne, je pardonne. Mais il faut que la personne le demande… »

Jean Morizot

 

À la Une

Sans intervention, la gangrène Al-Nosra rongera toujours plus la Syrie

Le journaliste et photographe indépendant Jean-René Augé, 25 ans, en est à son troisième voyage auprès des rebelles syriens. Il évoque la récupération de la contestation par les jihadistes, principalement représentés par le front Al-Nosra, qui marque un tournant dans la guerre civile. Les enjeux sont immenses.

Les Syriens, actifs ou passifs, voient la ruine de leur pays s’aggraver un peu plus chaque jour

Le front jihadiste jabhat al-Nosra fait beaucoup parler en ce moment. Pouvez-vous nous raconter la genèse de ce groupe ?

Le premier acte marquant d’Al-Nosra en Syrie a été l’attentat du 23 décembre 2011 à Damas. Un attentat aux voitures piégées et béliers contre l’un des centres des services de renseignements du régime de Bachar Al-Assad. Cette attaque, qui a fait une trentaine de morts, a eu un écho mondial. A l’époque, le mode d’action du groupuscule était inédit et tendait à appuyer la thèse du régime de Damas, à savoir que les rebelles sont des terroristes islamistes. Beaucoup d’observateurs ont d’abord pensé que cette attaque spectaculaire avait été orchestrée par Damas pour redonner un peu de crédibilité au régime. C’était en fait la première sortie au grand jour d’Al-Nosra.

Comment le front fonctionne-t-il ?

Cela reste très secret et obscur. En tant que journaliste occidental, il est particulièrement difficile d’entrer en contact prolongé avec ces combattants. Mais il est évident qu’Al-Nosra fonctionne sous forme de groupuscules terroristes, disséminées dans le pays sur le modèle d’Al-Qaida.

Qui sont les soldats d’Al-Nosra ?

Al-Nosra est, à la base, constitué d’une majorité de syriens mais cette part tendrait à diminuer au fil du le temps au profit de djihadistes venant d’autres pays arabes et d’Europe. Il faut souligner que dans le pays, peu de groupes de combattants s’affilient au mouvement, même s’ils en saluent les victoires. Pourtant, d’après les dirigeants d’Al-Nosra, leurs membres se compteraient par milliers. L’estimation la plus haute parle de 6000 hommes.

 Ce groupe islamiste est le principal. Comment est-il devenu si puissant ?

C’est là le cœur du problème. Pour combattre en Syrie, il faut du soutien en amont. Trouver de la nourriture, de l’essence, des armes, des munitions et surtout de l’argent… Seuls quelques postes frontières en Turquie sont ouverts aux rebelles. Cette situation rend toute action logistique complexe. Or les Syriens ont depuis longtemps compris que punaiser le shahada sur fond noir, le drapeau utilisé par les islamistes, à l’arrière de leurs vidéos, permet d’attirer la sympathie de mouvements islamistes étrangers riches, qui fournissent du matériel. Je veux parler des pays du Golfe, de l’actuelle majorité turque ou encore des frères musulmans, pour ne citer que les plus connus. S’allier à ces puissances, c’est parfois le seul moyen que trouvent les rebelles pour vivre. Le cas d’Al-Nosra en est symptomatique. De leurs techniques de combat aux idéaux qu’ils portent, tout vient de l’extérieur de la Syrie.

Le photo reporter Jean-René Augé devant une carcasse de blindé. photos JRAUGE

Peut-on parler d’une islamisation “par défaut” ?

En se rapprochant des extrêmes, les bataillons d’autodéfense syriens se sont exposés à la radicalisation des plus faibles de leurs membres. La mouvance salafiste connait une progression inquiétante en Syrie. A l’intérieur des bataillons de la large ceinture de Damas, de véritables sous-groupes se sont constitués. Ils continuent de se battre aux côtés des autres rebelles mais ont développé leurs propres réseaux. Ils sont ainsi mieux armés et plus organisés. Sans le revendiquer et bien cachés dans des katibas (brigades), qui ne sont pas toujours fières de porter en leur sein des islamistes, ils appliquent un mode d’action et de représentation très proche du front Al-Nosra.

Peut-on dire qu’il y a un avant et un après Al-Nosra ?

La situation actuelle de la Syrie peut être la cause du développement de ces groupes plus radicaux. Il y a deux ans, beaucoup des jeunes combattants, désormais salafistes, nourrissaient le rêve de rentrer dans l’armée, d’accomplir de brillantes actions. J’ai même eu l’occasion de rencontrer un véritable transfuge… Un ancien shabiha (milicien du régime) devenu combattant auprès des plus radicaux salafistes qu’il ait trouvé. Son désir de se confondre dans un groupe radical au fonctionnement sectaire l’a fait changer de camp.

Al-Nosra est un groupe sunnite. Les autres confessions ont-elles leur mot à dire ?

Le développement historique de la Syrie s’est fait à travers le contact des confessions. La ville de Damas a accueilli les trois religions du Livre. Dans le contexte actuel, il est très difficile d’estimer quels sont les pourcentages exacts de population acquis aux rebelles dans chaque communauté. Une seule chose est sûre. La révolution en cours est menée par une écrasante majorité de musulmans sunnites. Ce qui est normal puisqu’ils représentent 70% de la population syrienne. Cela ne veut pas dire que chaque combattant fait ses cinq prières par jour…

Les principaux ennemis des sunnites sont les alaouites (secte chiite du clan Al-Assad). Le risque d’une dégénérescence en guerre confessionnelle est grand…

C’est naturellement ce qu’il y a de pire à craindre. J’ai assisté à des combats d’une violence que je n’osais pas imaginer entre rebelles et miliciens alaouites du régime. Depuis le début de la révolte, la communauté du président Bachar Al-Assad se sent en danger et réagit aux extrêmes. Pour eux, c’est peut-être une question de survie… Le pire peut se passer à la fin de la révolution si les rebelles gagnent. Toute l’atrocité de cette guerre peut se retourner vers cette communauté en une tentative de génocide alaouite, entre Lattaquié au nord et Tartouze au sud, la ville d’origine de cette secte.

Comment, selon vous, la situation va-t-elle évoluer dans les prochains mois ?

Sans soutien international sur le terrain, les rebelles syriens ne peuvent que prier et remettre leurs existences entre les mains d’une puissance supérieure. Cette précarité offre un terreau favorable à tout prédicateur arrivant avec une valise pleine de dollars ou des munitions. Malheureusement pour l’occident, les réseaux radicaux ont, eux, une action de terrain. Ils parviennent à rallier, en tout cas en surface, une partie de l’opinion syrienne, plus écoeurée par l’attitude de l’Europe et des Etats-Unis que favorable à l’islamisation de la société. Al-Nosra n’est que le groupe médiatisé d’un phénomène qui prendra toujours plus d’importance en Syrie s’il n’y a pas prise de conscience dans la société syrienne et dans la communauté internationale.

Et l’Armée syrienne libre n’envisage pas de réagir ?

Par chance, l’ombre faite par Al-Nosra à l’ASL a été remarquée. Depuis un mois et demi environ, les accrochages se multiplient entre combattants de l’Armée syrienne libre et membres de Jabhat Al-Nosra. Ces combats sont un signe positif car ils signifient que toute la Syrie ne se laisse pas nécessairement entraîner sur une voie religieuse radicale. Mais en même temps, ces affrontements tombent mal. Toute dissension affaiblit militairement des rebelles qui parviennent à peine à garder la tête hors de l’eau face à l’armée de Bachar Al-Assad.

Jean Morizot

SOS homophobie à l’assaut des établissements scolaires

L’association SOS homophobie organise des campagnes de sensibilisation dans le secondaire. Selon différentes études, le risque de tentative de suicide est quatre à sept fois plus élevé chez les adolescents attirés par leurs semblables. Et entre 8 % et 10 % de la population serait homosexuelle. D’où l’intérêt d’intervenir en milieu scolaire.

Les adolescents arpentent le long couloir. Une quinzaine d’entre eux, inscrits en classe de seconde 9, se massent devant la salle 315. Sur la porte, une pancarte « SOS HOMOPHOBIE ». Des camarades passent en riant. « A bas les tabous ! », lance l’un d’eux. Une jeune fille tend le bras vers son amie. Celle-ci se récrie. « Je suis pas gay hein ! » Le ton n’est pas moqueur. Ces élèves du lycée Bergson, situé dans un quartier populaire du XIXe arrondissement de Paris, évacuent leur appréhension de la rencontre par le rire. Ils saluent poliment quand les animateurs arrivent.

Jacky, employé dans l’administration pénitentiaire, et Karim, formateur, sont adhérents à SOS homophobie depuis un an. Ils font partie de la cinquantaine de bénévoles qui franchissent le seuil des collèges et lycées français pour des interventions en milieu scolaire (IMS). Pour l’année 2011/2012, l’association a rencontré 533 classes. Plus de 12 000 élèves ont été sensibilisés. Christine Lienhart, la responsable de l’opération, indique que « remplir les demandes des établissements est toujours un challenge car nous manquons de personnes disponibles en journée« .

Une certaine confusion

Les animateurs attaquent la séance par des questions qui pourraient paraître simples. Les participants, âgés de 14 à 18 ans, sont appelés à définir les termes du jargon homosexuel. Qu’est-ce qu’être lesbienne ? « Deux filles qui s’aiment. » « Oui, l’attirance est physique, mais aussi amoureuse », souligne Jacky. Un gay ? « C’est la même mais avec les hommes ». La gestation pour autrui ? « C’est comme vendre un enfant! » Un transsexuel ? « Les Thaïlandais. » Karim Précise. « L’opération chirurgicale, quand elle vient, est l’aboutissement du processus. Il faut savoir différencier orientation sexuelle et identité de genre. » Les adolescents font la moue. « Pour eux un trans, c’est souvent Boulogne, des putes, rien d’autre, prévient Jacky.  Mais toutes les pensées ont le droit de s’exprimer. L’important, c’est que tout le monde essaye de parler.« 

Fort de son expérience, l’animateur n’a pas de mal à dialoguer avec les adolescents

De multiples avis

A leur grand plaisir, les animateurs doivent parfois se mettre en retrait. « Les débats s‘alimentent d’eux-même, commente Karim. Comme il n’y a jamais de majorité, les échanges viennent sans problème. » 

Kadidia pense qu’« un homme peut jouer le rôle de la mère, comme quand les parents sont divorcés ». Ce qui n’empêche pas l’adolescente de se déclarer contre l’union homosexuelle. « Moi je ne suis pas contre, mais c’est par rapport à ma religion. » Karim s’entremet à nouveau dans la discussion. « Si votre meilleur ami vous annonce qu’il est gay, comment réagissez vous ? », interroge-t-il. David insinue que l’ami qui  fait cet aveu « demande une aide ». Chamil, tout sourire, a la bonne solution. « D’abord je lui mets une grande claque. Ensuite je vais parler avec lui ». Il lance sa main dans le vide, au grand étonnement des intervenants. « C’est normal, il est Russe », s’esclaffe Jean, à l’autre bout de la salle. Une allusion, peut-être involontaire, à la loi contre la propagande homosexuelle adoptée récemment par la Douma.

Les élèves ont été appelés à se prononcer sur les différents points du projet de loi lors d’un vote à main levée.

« Leur faire comprendre que rien n’est jamais simple »

 « Ça ne nous concerne pas » est la phrase qui revient le plus souvent. Quelques minutes après la séance, les élèves fument leur cigarette devant le lycée. Loin de se sentir passionnés par ce débat, ils avouent avoir « appris des choses intéressantes ». Dans l’ensemble, ils ne sont pas certains de suivre avec plus de conviction les discussions sur le mariage pour tous. Pour Jacky, ce n’est pas un problème. « On essaye de les sortir des fantasmes, de leur faire comprendre qu’il y a d’abord de l’amour, commente-t-il, on n’est pas là pour faire du prosélytisme ». Depuis un an qu’il intervient, ce militant est ravi de rencontrer ces jeunes. « Nous aussi nous apprenons beaucoup à leur contact. » Les échanges sont parfois durs. « A Drancy, tout s’est super bien passé. A Vincennes, j’ai eu le droit à « Les pédés, au bûcher. » On a moins envie de ricaner. Jacky estime avoir rempli sa mission. « Nous voulons simplement leur faire comprendre que rien n’est jamais simple. »

 Jean Morizot

Les réactions à l’incendie du mausolée de Sidi Bou Saïd

Largement commentée, la destruction du mausolée de Sidi Bou Saïd a provoqué une vive émotion en Tunisie et chez les observateurs extérieurs. Cette profanation d’un lieu hautement touristique met au jour certaines inquiétudes. Une quinzaine de sanctuaires tunisiens ont été attaqués en moins d’un an.

Dès le lendemain de l’attaque du 12 janvier, Le Point a rapporté la colère et l’incompréhension des habitants du village, très fréquenté par les touristes. Le journal Business News a mis en ligne deux vidéos prises sur place aujourd’hui. On y voit des habitants scander “dégage, dégage, dégage !”. Les cibles de ces cris sont Rached Ghannouchi, leader d’Ennahdha (parti au pouvoir en Tunisie), et Ali Laârayed, ministre de l’Intérieur, venus visiter les décombres.

Les ruines du mausolée du saint Sidi Bou Saïd, qui a donné son nom à la localité du nord de Tunis. AFP

Sur le site Leaders, la journaliste Latifa Moussa s’en prend aux profanateurs du “phare de Carthage”, surnom donné par les Phéniciens à la colline sur laquelle se situe le village. Selon elle, les coupables, qui n’ont pas été identifiés, perpétuent ce genre de violation car ils ne sont aucunement inquiétés par le gouvernement; La Tunisie vit dans la crainte d’une radicalisation salafiste tolérée par un pouvoir passif.

Des attaques récurrentes

Sur le blog Western culturel, hébergé par le Courrier International, Benoît Delmas relaye un recensement par l’association Touensa de la quinzaine d’attaques de mausolées faites dans le pays depuis avril 2012. France 24 donne la parole à l’anthropologue Youssef Seddik. Ce spécialiste se désespère de la perte de manuscrits aussi précieux que ceux emportés par les flammes. « Avec la récurrence des attaques contre les mausolées, les autorités auraient pu récupérer ces manuscrits pour les mettre en lieu sûr, s’agace-t-il. Mais les gardiens des mausolées, qui sont généralement des descendants des wali – chefs spirituels-, refusent obstinément de se séparer des ces livres. Ils refusent même aux chercheurs d’y accéder. »

« En incendiant la Zaouia de Sidi Bou Saïd,ils ont brûlé tous les livres saints du Coran qui s’y trouvaient. Ces individus ne sont donc ni fous de Dieu ni de la religion ; Ce ne sont que des spécimens malfaisants » s’insurge Latifa Moussa.

Face à la colère populaire, le gouvernement a promis qu’il prendrait des mesures de protection des monuments historiques. Reste que le maire de Sidi Bou Saïd, Raouf Dakhlaoui, aurait mis à exécution sa menace de poursuivre en justice Rached Ghannouchi pour avoir tenu des propos incitant à l’attaque de mausolées.

Les dinars contre les livres

Jean Morizot, dessins de Guillaume Duchemin : www.futureisnow.blog.lemonde.fr

L’enseigne de jeux vidéo Game joue sa survie pendant les soldes

Pour le lancement des soldes, l’enseigne Game France, spécialisée dans le jeu vidéo, brade l’intégralité de ses magasins. Placée en redressement judiciaire, elle doit proposer au tribunal de Bobigny un plan de reprise le 25 janvier. Ses dirigeants ne s’avouent pas vaincus et entendent trouver une offre qui permettra de sauver un maximum de salariés.

Des soldes aux allures de déstockage avant fermeture.

 

 

 

 

 

 

30 % de remise sur les consoles neuves. 60 % sur les consoles d’occasion. 60 % sur l’ensemble des jeux neufs. Pour l’ouverture des soldes, les magasins Game proposent des réductions qui défient toute concurrence. L’information a fuité mardi 8 janvier au soir sur Internet. Séparé depuis mars 2012 de sa maison mère anglaise qui connaissait de graves difficultés, Game France est désormais autonome. L’entreprise, qui compte 557 salariés pour 157 magasins, a été mise en redressement judiciaire en septembre. Placée sous le coup d’un plan de continuation et de recherche de repreneur, elle a déjà dû fermer 35 magasins non rentables.

Dès l’ouverture ce mercredi matin, au Game de la rue d’Amsterdam, à côté de la gare Saint-Lazare à Paris, c’est le branle-bas de combat. De nombreux joueurs se massent devant les caisses du plus grand magasin français de la firme pour profiter de l’offre. A 11 heures, les trois vendeurs sont dépassés. De nouveaux clients entrent chaque minute pour moissonner les rayons. Il devront se contenter des jeux. Les consoles ont presque toutes été vendues.

Plus de réservations ni de rachats d’occasions

Dans la file d’attente, Tony, 26 ans, et Paul, 31 ans, fréquentent la boutique depuis qu’ils sont tout petits, à l’époque où elle s’étendait sur trois étages (maintenant, tous les produits sont installés au rez-de-chaussée). Pour ces deux clients, Game « a fait de mauvais choix ». « Le site Internet est une galère, je n’ai jamais rien acheté dessus », déplore Tony. « Ils n’ont pas su s’adapter au marché du net, renchérit Paul. Ce qui se passe aujourd’hui, on s’en doutait. » 

Une fermeture définitive se profilerait-elle ? Pour eux, c’est certain. Ils s’expliquent : « Ils ne réservent plus les jeux à paraître, le site n’est plus mis à jour, ils ne rachètent plus les jeux d’occasion. » Ces deux joueurs s’avouent « tristes pour le côté nostalgique et emmerdés pour les employés qui risquent de se retrouver au chômage. »

« On se battra jusqu’au bout »

Au siège, on refuse de dire que la partie est terminée. Julien Trosdorf, porte-parole de Game France, assure que cette braderie est une opération de solde agressive mais nécessaire. « Tout le monde doit pratiquer immédiatement des démarques importantes dès les premiers jours, commente-t-il. Tout se joue d’aujourd’hui à la fin de la semaine. » Il rappelle la difficulté des distributeurs de biens culturels face au marché dématérialisé et évoque les cas de Surcouf, qui a disparu l’an dernier, et de Virgin, qui a définitivement déposé le bilan mercredi 8 janvier. Le secteur du jeu vidéo est particulièrement atteint. « En 2011, les ventes physiques représentaient 41 % du marché, explique-t-il. D’ici à 2016, ce chiffre sera divisé par deux. » Il donne les chiffres de la filiale. « En 2010, nous avons perdu 2,3 millions d’euros. En 2011, 4,5 millions. On s’attend à pire pour l’exercice 2012. » 

Le porte-parole assure que son entreprise a trouvé plusieurs partenaires pour la reprise. Dans les rangs, le concurrent Micromania (400 boutiques, 1 400 employés). Certains sites évoquent une offre de un million d’euros pour 40 magasins. Une rumeur que ni Game France ni Micromania n’ont souhaité confirmer ou commenter.

« Du directeur général au stagiaire en magasin à Perpignan, nous avons tous traversé des moments d’incertitude et de profonde inquiétude, confie Julien Trosdorf. Mais on se bat et on se battra jusqu’au bout, jusqu’au tribunal. La plupart des offres que nous avons reçues ne sont pas uniquement foncières. » Il se déclare« raisonnablement optimiste ». Le comité d’entreprise se réunira lundi. Dans la foulée, les salariés seront informés des décisions prises. Une audience aura lieu au tribunal de Bobigny le 25 janvier. Les juges rendront leur verdict quelques jours plus tard. Les salariés de Game France en sauront alors plus sur leur sort.

Une console portable et trois jeux à un prix dérisoire.

 

 

 

 

 

Jean Morizot

“Quand on parle du Liban, ce n’est pas pour la beauté de ses paysages.” ( tourisme au Liban 2/2)

L’accompagnateur George Gharios connaît le Liban, la Syrie, et la Jordanie comme sa poche.  Il revient sur la situation complexe du secteur touristique dans un pays encore hanté par le démon de ses guerres confessionnelles, où religion, politique, et vie sociale sont inévitablement liées.

Le soldat fait un signe de la tête pour indiquer au chauffeur de passer. Il le remercie d’un geste de la main et démarre. Le 4X4 blanc s’élance sur la route du Mont-Liban, en direction de la région du Chouf, territoire des druzes. Au volant, George Gharios, accompagnateur touristique dans les pays du Levant depuis 1996. Ce chrétien maronite, ancien militant des Forces libanaises (milices chrétiennes), a combattu onze ans pendant la guerre (1975-1990). Blessé à deux reprises, il s’est retiré en 1986, car « le diable ne voulait pas de [lui] ».
Quand son véhicule longe le bastion de la famille Gemayel, à Bikfaya, le visage jovial de George se durcit. Du ton froid de l’expert, George explique que l’ancien président Amine Gemayel et son fils Samy se terrent dans le bunker : « Tous les deux, il y a du monde qui les attend pour les assassiner. » Une phrase qui pourrait effrayer le visiteur inhabitué aux us du pays. Pourtant, à part la présence de quelques militaires engourdis par le froid matinal, rien à Bikfaya, ni ailleurs, ne laisse imaginer que les Libanais peuvent rechuter à tout instant dans la guerre civile. Des enseignes américaines de Beyrouth aux souks bourdonnants de Saïda, la décontraction des habitants étonne.
Coincé entre les cieux orageux d’Israël et de la Syrie, le Liban savoure sa paix, sous les regards inquiets de la communauté internationale.

 La situation touristique au Liban est catastrophique. Comment en est-on arrivé là ?

Depuis janvier 2011, nous sommes dirigés par un gouvernement pro-iranien mené par le Hezbollah chiite, qui soutient Assad. La prise du pouvoir par le Parti de Dieu a engendré une grosse pression des occidentaux. Par exemple, le ministère des Affaires étrangères français a inscrit les trois quarts du Liban en zone touristique rouge. En mars de la même année, les premières manifestations ont eu lieu en Syrie…

Qui sont les étrangers qui viennent, ou venaient avant ces événements, visiter votre pays ?
Au Liban il y a trois types de tourisme : La diaspora libanaise, les habitants des pays arabes, et les occidentaux.
On estime à 14 millions le nombre d’originaires du Liban éparpillés dans le monde, parmi lesquels l’homme le plus riche du monde, le Mexicain Carlos Slim Helù  (69 milliards de dollars selon Forbes). Ces expatriés attendent des jours meilleurs pour venir. A quoi bon visiter ce pays instable que leurs parents ont fui ? Et ils représentent un gain moindre pour l’économie du tourisme car ils logent généralement dans leurs familles.

Les riches habitants du Golfe représentent la moitié de votre fréquentation touristique.
Les arabes sont principalement Saoudiens, Kowetiens, Qatariens. Ils viennent en été, quand il fait trop chaud chez eux. Le Liban, pour eux, c’est l’Europe. Ils ne sont pas coincés par la religion; Ils ne viennent pas pour voir les colonnes de Baalbek. En ce moment, ils sont de très mauvaise humeur.

A cause du gouvernement chiite ?
Les pays du Golfe et le Liban ont des partenariats. Il y avait un accord. Saad Hariri (sunnite, fils de Rafic Hariri) devait rester Premier ministre. Quand il a été démis au profit des serviteurs de l’Iran et de Bachar al-Assad, leurs gouvernements ont dit : « Vous vous foutez de nous ? » Ils ont lancé un boycott sur le pays. Depuis, leurs habitants viennent de moins en moins.

Et les occidentaux ?
Quand on parle du Liban, ce n’est pas pour la beauté de ses paysages. Les occidentaux ne voient que des milices armées à la télévision. Quand al-Hassan (victime d’un attentat le 19 octobre) se fait tuer, cela fait l’ouverture des journaux. Le chef de la sécurité assassiné en pleine journée à Beyrouth, c’est une publicité moyenne pour l’image du pays…

Après avoir arpenté le Liban, cette image peut sembler injustifiée…
Vous avez eu peur à Saïda (foyer de vives tensions entre sunnites et chiites) ? Les Français me disent qu’ils se sentent moins en danger ici que dans le métro parisien. Il y a des zones à éviter ? Non, non, et non. En quinze ans de métier, je n’ai jamais eu un seul problème avec mes touristes au Liban. Demain je vous emmène dans la Bekaa (région à l’est du pays, où règnent les trafiquants) si vous voulez. Je peux même vous déposer à Beyrouth-sud (bastion du Hezbollah). On vous surveillera, mais personne ne viendra vous embêter. Le Hezbollah n’a pas envie d’attirer l’attention sur lui.

« Je peux vous déposer à Beyrouth-sud », où le Hezbollah règne en maître absolu.

Selon vous, vers quel avenir se dirige le Liban ?
Quand Bachar aura dégagé, les pro-iraniens auront les ailes coupées. Je pense qu’à ce moment, Israël mènera une guerre contre le Hezbollah pour supprimer son stock de roquettes. Le mouvement du 14 mars reprendra le pouvoir (coalition d’opposition hostile à Damas, qui regroupe les sunnites de Saad Hariri et les chrétiens opposés au général Aoun). C’est mon analyse mais beaucoup de Libanais la partagent. Vous voyez, on a dit qu’on ne parlerait que de tourisme, et nous voilà revenus à la politique. Tout y est tellement attaché ici…

Jean Morizot

Lire la première partie.

Liban : Comment attirer les touristes dans la région la plus conflictuelle du monde ? (1/2)

Depuis bientôt deux ans, le Liban n’attire plus les touristes. « La petite France » doit supporter, en plus de sa propre instabilité politique, le voisinage des deux conflits les plus médiatiques au monde: les tensions israélo-palestiniennes et la guerre civile qui ravage la Syrie. Une situation décourageante pour les visiteurs potentiels.

Au pied d’un cèdre pluri-millénaire, les boutiques de souvenirs attendent des clients qui ne viendront pas. J.M©

« Aux yeux du monde, l’intégralité du Moyen-Orient représente une zone chaude. » Dan Nader est un des rares professionnels du tourisme au Liban. Son entreprise, TLB Destinations, basée au nord de Beyrouth, propose des circuits de découverte des pays du Levant. « Il y a une grande confusion. Les touristes préfèrent repousser leur voyage à plus loin, ce qui est compréhensible. Il y a pourtant au Liban un degré de liberté unique en orient. » La situation géographique du pays est particulièrement complexe. Le Liban a deux frontières terrestres : Israël au sud et la Syrie au nord et à l’est.

Dan fonde son agence en 1996, six ans après la fin de la guerre civile (1975-1990). Le pays, ravagé par quinze ans de conflit, est en pleine reconstruction. « Il n’y avait aucune infrastructure et les moyens manquaient, se souvient-il. La plus grosse difficulté, c’était le manque de savoir faire. Il a fallu former les acteurs du tourisme. Comme souvent au Liban, ce sont les entreprises privées qui ont donné l’impulsion. »

Plus forte croissance touristique mondiale en 2009

Après une décennie de stagnation, l’offensive israélienne de juillet 2006, alors qu’une croissance de 5 % était attendue, met temporairement le pays à terre. Le PIB chute de plus de 4 %. Mais la nation du cèdre se remet immédiatement sur pieds. L’entreprise de Dan a peu souffert. « La guerre de 2006 nous a affecté pendant trois à quatre mois. La chute a été violente mais n’a pas duré dans le temps. »
Pour tous les secteurs économiques, la période 2007-2010 est formidable (8,3 % de croissance en moyenne). En 2009, le Liban est le pays qui enregistre la plus forte hausse de fréquentation touristique au monde, avec une augmentation de 45 %, d’après un rapport de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), cité par le quotidien francophone L’Orient-Le jour. Le pays accueille deux millions de visiteurs (pour quatre millions d’habitants). A cette période, et jusqu’au début 2011, Dan emploie vingt-cinq personnes.

« Que nous reste-t-il au Liban ? »

Mais le ciel va vite s’obscurcir. En janvier 2011, le Premier ministre Saad Hariri est poussé vers la sortie. La constitution exige que son poste revienne à un sunnite. Najib Mikati, allié au Hezbollah et ami de Bachar Al-Assad, forme un nouveau gouvernement. De l’autre côté de la frontière, le conflit s’intensifie et dégénère en Syrie. L’accession au pouvoir des pro-syriens à Beyrouth, et le début de la révolution à Damas entraînent le Liban au bord du gouffre.

Le taux de croissance chute à 1,5 % l’année dernière. Dan doit se séparer de 19 de ses 25 employés. « Entre 2010 et 2011, nous avons calculé une baisse de 83 % des touristes européens« , se désole-t-il. « Que nous reste-t-il ici ? Il n’y a pas d’industries, pas de pétrole, pas d’agriculture. Nous avons seulement notre système bancaire et le tourisme. » 

Promouvoir l’image du Liban

D’après le Fonds monétaire international (FMI), le tourisme représente 13% du PIB du Liban. « Il faut instaurer une promotion au niveau national, faire comme l’Egypte ou la Jordanie qui mettent le budget nécessaire. Ils installent des publicités dans les métros européens. Nous, nous n’avons que deux offices du tourisme à l’étranger ! (Un à Paris et un au Caire)« , assène Dan. Sa prière a peut-être été entendue. Le ministre du Tourisme, Fadi Abboud, a présidé le 16 novembre dernier un Conseil national pour la promotion touristique. Mais, coincé entre « le carnage syrien, les tensions israélo-palestiniennes et les manifestations en Jordanie », le Liban doit déjà gérer sa « propre instabilité politique », constate Dan, dépité. « Il nous manque ce point, la stabilité. Quand nous l’aurons trouvée, nous deviendrons un pays phare du tourisme mondial. »

La suite, avec un décryptage de la situation par un accompagnateur professionnel, ici.

Jean Morizot

Violences conjugales : les hommes battus organisent leur défense

Le dimanche 25 novembre se tenait la journée internationale contre les violences faites aux femmes. En France, une seule association lutte pour la reconnaissance des 140 000 hommes victimes de violences conjugales. Le colloque de SOS Hommes battus avait lieu lundi 19 novembre. Au programme, témoignages et décryptages.

La femme battant son mari. Gravure par Abraham Bosse, vers 1633

L’association SOS Hommes battus a réservé une salle du complexe nautique de l’île de Monsieur, à Sèvres (Hauts-de-Seine), pour organiser son deuxième colloque. Cinquante chaises sont installées. Une trentaine de personnes participent. C’est peu, quand on sait que 136 000 hommes Français sont victimes de « violences physiques ou sexuelles par conjoint ou ex-conjoint ». Le chiffre provient du rapport publié dans le bulletin d’octobre de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). L’organisme, qui dépend du Ministère de l’Intérieur, a exploité « les réponses de 29 366 hommes de 18 à 75 ans. » Un large échantillon qui a permis « de mener une étude sur le profil des personnes se déclarant victimes de violences avec une précision inédite ».

« Notre association est féministe »

Fondée en 2008, l’association SOS Hommes battus a obtenu le statut loi 1901 l’année suivante. Sa présidente Sylviane Spitzer accueille les arrivants. Elle présente le programme et s’excuse de l’absence d’un intervenant, qui est injoignable depuis deux semaines. « C’est un sujet qui remue beaucoup de choses. Les gens ont peur d’être connotés dans un courant masculiniste. Or notre association est féministe, assène-t-elle. Nous réclamons qu’hommes et femmes reçoivent le même traitement. » Une victime sur cinq est un homme. En France, un homme décède de violence conjugale tous les dix jours. Une femme tous les trois jours. « Certaines féministes tiennent un discours extrême, constate Sylvianne Spitzer. Elles estiment que s’occuper de la minorité serait nier la majorité. Il faut s’occuper de tout le monde. »

Les diplômés sont les plus exposés

Pierre Bertrand, 52 ans, agrégé de mathématiques, témoigne en premier : « A priori, je ne pensais jamais être concerné. Mon ancienne épouse est normalienne, comme moi. Je pensais ce problème réservé aux classes populaires. » Il évoque le cliché de « la boulangère » avec son rouleau à pâtisserie. Le rapport de l’ONDRP révèle pourtant que les diplômés de l’enseignement supérieur constituent la catégorie sociale la plus exposée aux violences envers les conjoints masculins : Sur mille personnes, 10,8 hommes se sont déclarées victimes contre 15,8 femmes.
Les yeux fixés sur sa feuille de notes, Pierre relate son expérience : « J’ai subi toute une gamme de violences psychologiques et de manipulations pendant vingt ans. » Il est l’un des rares à avoir intenté une action en justice. Sylvianne Spitzer donne les chiffres : « 4% déposent une main courante, 1% portent plainte, 1% entament une procédure de divorce. Il ne se passe rien dans 94% des cas. »
Après quelques minutes, Pierre a posé ses lunettes sur la table. Son regard se perd vers le fond de la salle. Il puise ses paroles au fond d’une douloureuse mémoire. Quand il a déposé une main courante, les policiers lui ont demandé : « Mais pourquoi ne vous êtes vous pas défendu ? Pierre a eu honte : J’avais l’impression qu’ils se foutaient de ma gueule. »

« 95% des juges aux affaires familiales sont des femmes »

Olivier Besida, délégué de SOS Papa à Paris, prend la parole. Il présente son association. Cette dernière réclame qu’aux yeux de la loi, « père et mère soient traités sur un pied d’égalité ». Fondée il y a vingt ans, elle revendique 15 000 adhérents et « conseille en moyenne 6 000 papas par an. » Les pères victimes de pressions ou de violences sont confrontés à un dilemme récurent : « Partir ou rester pour protéger les enfants. Car la mère en obtiendra toujours la garde. »
Plusieurs participants au colloque sont en procédure pour obtenir la garde de leurs enfants. La conversation s’engage sur les JAF (juges aux affaires familiales), une « parodie de justice ». Un homme assure que « 95% des JAF sont des femmes qui favorisent les femmes, protégées par le pouvoir souverain d’appréciation des juges ». Certains ne cachent pas leur dégout du système judiciaire. Ils s’estiment victime de misandrie. « Qu’est-ce que c’est que ces conneries ? », murmure au dernier rang une dame qui quittera la réunion avant son terme.

Une association victime de son succès

A la pause, Sylvianne Spitzer, psychologue de profession, se montre compréhensive. La colère des victimes s’explique. « L’injustice engendre de la rancœur. La rancœur fait partie du processus de deuil. » Elle rappelle qu’il est très dur de témoigner. « L’homme ne veut pas entrer dans un processus de victimisation, ou désire simplement tourner la page. »

La présidente aurait aimé ne pas avoir à fonder SOS Hommes battus. « Le problème, c’est qu’il n’y a pas d’information sur ce sujet. C’est en ça que notre prévention est nécessaire. Si les hommes victimes de violences connaissaient les démarches à suivre, ils n’auraient pas à se tourner vers nous. » Sur la période 2010-2012, la permanence téléphonique – ouverte en semaine le matin – a reçu 3300 appels et 3600 mails. L’équipe consacre environ 45 minutes à chaque personne. « Nous sommes peu nombreux, donc difficilement joignables. Nous sommes victimes de notre succès… »

Le colloque se termine par l’évocation des pays étrangers en avance sur la France. « Aux Etats-unis, une enquête portant sur l’ensemble des 50 Etats est en cours. Il existe dix centres d’accueil à Londres. On en trouve en Espagne, au Maghreb, en Iran, en Irak. » En France, la mairie de Montrouge met à disposition de SOS hommes battus un local. Deux heures par semaine.

 

Plus : Vous trouverez à cette adresse le contenu de l’intervention de Catherine Ménabé, doctorante en droit pénale et sciences criminelles. Le document traite des violences conjugales sous leur aspect juridique. La partie chiffrée contient de nombreuses informations.

Jean Morizot

Nadine Morano défend l’UMP nouveau

Au lendemain de la victoire de Jean-François Copé, Nadine Morano a répondu aux journalistes devant le siège de l’UMP. Pendant une demi-heure, elle est revenue sur l’actualité de son parti, et s’est rappelée au bon souvenir de Nicolas Sarkozy.

Nadine Morano a consacré du temps aux étudiants venus à sa rencontre.

Vêtue de noir, la silhouette se détache sur les carrelages blancs du hall. Nadine Morano sort du siège de l’UMP. Elle se dirige vers la caméra de BFMTV. Une fois l’entretien terminé, elle accepte de répondre aux autres médias présents, puis invite les étudiants à s’approcher. Elle demande les noms de leurs écoles : « J’espère qu’ils forment un peu de journalistes de droite. En tout cas, gardez votre libre arbitre. » Une jeune fille a le cou à nu : « Vous avez pas froid ? Fermez moi ça tout de suite. Si vous étiez ma fille… »

Pizza et Beaujolais

Dès la première question, posée sur le « cafouillage » de ces élections internes, l’ancienne député attaque : « Première leçon de journalisme : Le moutonnage. Pourquoi ce terme de « cafouillage », que tous les médias reprennent? Marianne a fait un très bon papier sur le moutonnage, lisez le. Et pourtant Dieu sait si je n’aime pas Marianne. » Selon elle, ce genre de manifestation est complexe :  « Ce qui s’est passé ces derniers jours n’est pas un cafouillage. 160 000 personnes qui se déplacent pour voter, ce n’est pas comme Harlem Désir choisi par trois personnes dans un bureau. » 

Elle revient sur la situation de son parti : « Nous prendrons le temps de réunir la famille. Il n’y a aucune fracture idéologique ou morale. Consacrons nous à la France. » La réaction de François Fillon n’est qu’un « instantané d’amertume qui va très vite disparaître ». Le climat va s’apaiser. Elle évoque son foyer : « Chez-moi dimanche soir, on a mangé une pizza, on a bu du Beaujolais, avec les copéistes, et les fillonistes ».

« Il n’y a pas de leadership »

L’ombre de Nicolas Sarkozy plane sur la rue de Vaugirard. Morano, la fidèle de toujours, cite son idole quand on lui rappelle qu’elle a été parmi les seules figures de l’UMP à suivre Jean-François Copé dans cette bataille : « J’aime prendre des risques. Et comme disait Nicolas Sarkozy, le plus grand des risques est de ne pas en prendre. » Elle concède : « Il n’y a pas de leadership affirmé. Les militants ont choisi le langage sarkozyste, la ligne sarkozyste. » A propos des défections effectives ou à prévoir au sein du parti, elle tacle Chantal Jouanno : « Chantal vous savez, ça change tous les quatre matins. Un jour UMP, un autre UDI. »

Sur la caméra d’un reporter, le logo du Petit journal de Canal + apparaît. « Mais vous n’êtes pas journaliste vous !, raille Nadine Morano, vous êtes là pour amuser la galerie. » Elle évoque la non attribution de la carte de presse aux membres de l’équipe de Yann Barthès. Après s’être chamaillée avec l’homme, elle accepte qu’il lui pose sa question : « Copé a proposé à Fillon de devenir vice-président; Quel poste pour Nicolas Sarkozy ? » La réponse ne se fait pas attendre : « Sarkozy a le poste suprême, celui qui est dans le cœur des militants. » Le nouveau président de l’UMP appréciera.

Jean Morizot