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Frigide Barjot répond à Karl Zéro et ne lâche rien

Christianisme, famille, avenir… En marge du mouvement des mères veilleuses qui a été lancé dimanche, Frigide Barjot s’est confiée sans retenue pendant une heure.

Frigide Barjot entourée des mères veilleuses

En ce début d’après-midi, une vingtaine de personnes s’attroupe au pied du mur de la Paix, à l’entrée du Champs-de-Mars (Paris VII). Dix mères veilleuses y sont installées depuis dimanche soir. Ces mères de familles combattent le texte de loi sur le mariage pour tous, dont le vote définitif doit avoir lieu aujourd’hui à l’Assemblée nationale. Hier encore, leur mouvement était méconnu. Pourtant, les journalistes sont présents. Frigide Barjot, l’égérie de la Manif pour tous, est venue leur apporter son aura médiatique. Elle martèle son discours : « Un ventre, du sperme, des ovocytes, des gamettes, ça ne se vend pas !  » Les grandes chaînes ont leurs images. Elles plient bagages. Dernière question :  » Quand on voit votre capacité à drainer les médias, on se dit qu’il y a une Barjot-dépendance chez les manifestants… » Elle se réfugie au milieu des mères veilleuses. « Expliquez au journaliste comment je vous manipule, que c’est la dictature de Barjot ! » Éclats de rire. Virginie Tellenne fait du Barjot. Après un moment de flottement, elle revient vers nous, s’excuse. La discussion s’engage. Elle va durer une heure. Assise sur la pelouse du Champs-de-Mars, pieds nus, Frigide se confie sans retenue.

« Il y a des millions de gens qui pensent ce que je dis »

Papillonnant l’air de rien dans sa robe noire, Frigide Barjot, cet après-midi, a encore montré qu’elle est une des composantes du succès des Manifs pour tous. Principalement parce qu’elle est parvenue à décomplexer une frange des catholiques français. « C’est normal, il y a des millions de gens qui pensent ce que je dis, estime-t-elle, et ce que je dis, c’est je vous aime, je vous aime, je vous aime. » Convertie au christianisme il y a une dizaine d’années alors qu’elle n’avait « jamais eu la foi », elle refuse de faire le lien entre ses convictions spirituelles et son engagement dans le débat qui divise le pays. « Ce n’est pas un sujet religieux, mais politique. Pol-éthique. » Toujours est-il qu’elle a trouvé sa voie : « Je suis entrée dans mon sacerdoce, dans ce à quoi j’étais appelée. »

Sous le feu des projecteurs, depuis la naissance de la Manif pour tous en novembre dernier, alors qu’elle n’était « connue que dans quelques milieux parisiens », elle affirme être ici à sa vraie place. « Ce sont des valeurs universelles que je défends. N’essayons pas de changer les hommes, sinon il y aura de la casse.«  Elle va chercher une cigarette, laisse ses chaussures et son téléphone dans l’herbe. Des admirateurs s’approchent. Interrogée par deux jeunes filles, elle dénonce les « actions insupportables des homophobes du Printemps Français« , mouvement d’ultras dirigé par Béatrice Bourges, une ancienne camarade de lutte lors des manifestations. Quelques instants plus tard, un père de famille la félicite timidement. Frigide Barjot fait la bise à sa fille. « Ah vous êtes de Brest. Il n’y a pas de manifestations chez vous ? il faut aller à Rennes alors. » Au moment de poser pour la photographie-souvenir, la militante ressurgit, et glisse en souriant. « Un papa, une maman, deux enfants. »

La nouvelle vedette de la famille

Frigide se lève, dit qu’elle a besoin de se reposer. Elle ramasse un caillou en forme de cœur. La discussion dérive sur sa situation familiale. Elle a souffert de la lettre ouverte publiée par son beau-frère Karl Zéro.« Si Karl a des choses à me dire, je suis ouverte à la discussion. Mais il n’a même pas pris la peine de m’appeler ! » Frigide regrette d’autant plus : « Il avait pourtant promis à Basile (Bruno Tellenne, époux de Frigide et frère de Karl Zéro, ndlr) qu’il ne m’agresserait plus en public. Bon, il n’a pas tenu sa promesse… » Selon elle, son beau-frère a du mal à supporter son accès soudain à la notoriété, quand lui « peine à faire la promotion de son livre » sur Luka Rocco Magnotta. « Il a fait de la peine à sa mère (Annick Lemoine), une femme formidable, qui m’a tant aidée dans ma conversion ! » Et d’ajouter, lasse, « en tant que chrétienne, je pardonne. Mais il faut que la personne le demande… »

Jean Morizot

 

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Sans intervention, la gangrène Al-Nosra rongera toujours plus la Syrie

Le journaliste et photographe indépendant Jean-René Augé, 25 ans, en est à son troisième voyage auprès des rebelles syriens. Il évoque la récupération de la contestation par les jihadistes, principalement représentés par le front Al-Nosra, qui marque un tournant dans la guerre civile. Les enjeux sont immenses.

Les Syriens, actifs ou passifs, voient la ruine de leur pays s’aggraver un peu plus chaque jour

Le front jihadiste jabhat al-Nosra fait beaucoup parler en ce moment. Pouvez-vous nous raconter la genèse de ce groupe ?

Le premier acte marquant d’Al-Nosra en Syrie a été l’attentat du 23 décembre 2011 à Damas. Un attentat aux voitures piégées et béliers contre l’un des centres des services de renseignements du régime de Bachar Al-Assad. Cette attaque, qui a fait une trentaine de morts, a eu un écho mondial. A l’époque, le mode d’action du groupuscule était inédit et tendait à appuyer la thèse du régime de Damas, à savoir que les rebelles sont des terroristes islamistes. Beaucoup d’observateurs ont d’abord pensé que cette attaque spectaculaire avait été orchestrée par Damas pour redonner un peu de crédibilité au régime. C’était en fait la première sortie au grand jour d’Al-Nosra.

Comment le front fonctionne-t-il ?

Cela reste très secret et obscur. En tant que journaliste occidental, il est particulièrement difficile d’entrer en contact prolongé avec ces combattants. Mais il est évident qu’Al-Nosra fonctionne sous forme de groupuscules terroristes, disséminées dans le pays sur le modèle d’Al-Qaida.

Qui sont les soldats d’Al-Nosra ?

Al-Nosra est, à la base, constitué d’une majorité de syriens mais cette part tendrait à diminuer au fil du le temps au profit de djihadistes venant d’autres pays arabes et d’Europe. Il faut souligner que dans le pays, peu de groupes de combattants s’affilient au mouvement, même s’ils en saluent les victoires. Pourtant, d’après les dirigeants d’Al-Nosra, leurs membres se compteraient par milliers. L’estimation la plus haute parle de 6000 hommes.

 Ce groupe islamiste est le principal. Comment est-il devenu si puissant ?

C’est là le cœur du problème. Pour combattre en Syrie, il faut du soutien en amont. Trouver de la nourriture, de l’essence, des armes, des munitions et surtout de l’argent… Seuls quelques postes frontières en Turquie sont ouverts aux rebelles. Cette situation rend toute action logistique complexe. Or les Syriens ont depuis longtemps compris que punaiser le shahada sur fond noir, le drapeau utilisé par les islamistes, à l’arrière de leurs vidéos, permet d’attirer la sympathie de mouvements islamistes étrangers riches, qui fournissent du matériel. Je veux parler des pays du Golfe, de l’actuelle majorité turque ou encore des frères musulmans, pour ne citer que les plus connus. S’allier à ces puissances, c’est parfois le seul moyen que trouvent les rebelles pour vivre. Le cas d’Al-Nosra en est symptomatique. De leurs techniques de combat aux idéaux qu’ils portent, tout vient de l’extérieur de la Syrie.

Le photo reporter Jean-René Augé devant une carcasse de blindé. photos JRAUGE

Peut-on parler d’une islamisation “par défaut” ?

En se rapprochant des extrêmes, les bataillons d’autodéfense syriens se sont exposés à la radicalisation des plus faibles de leurs membres. La mouvance salafiste connait une progression inquiétante en Syrie. A l’intérieur des bataillons de la large ceinture de Damas, de véritables sous-groupes se sont constitués. Ils continuent de se battre aux côtés des autres rebelles mais ont développé leurs propres réseaux. Ils sont ainsi mieux armés et plus organisés. Sans le revendiquer et bien cachés dans des katibas (brigades), qui ne sont pas toujours fières de porter en leur sein des islamistes, ils appliquent un mode d’action et de représentation très proche du front Al-Nosra.

Peut-on dire qu’il y a un avant et un après Al-Nosra ?

La situation actuelle de la Syrie peut être la cause du développement de ces groupes plus radicaux. Il y a deux ans, beaucoup des jeunes combattants, désormais salafistes, nourrissaient le rêve de rentrer dans l’armée, d’accomplir de brillantes actions. J’ai même eu l’occasion de rencontrer un véritable transfuge… Un ancien shabiha (milicien du régime) devenu combattant auprès des plus radicaux salafistes qu’il ait trouvé. Son désir de se confondre dans un groupe radical au fonctionnement sectaire l’a fait changer de camp.

Al-Nosra est un groupe sunnite. Les autres confessions ont-elles leur mot à dire ?

Le développement historique de la Syrie s’est fait à travers le contact des confessions. La ville de Damas a accueilli les trois religions du Livre. Dans le contexte actuel, il est très difficile d’estimer quels sont les pourcentages exacts de population acquis aux rebelles dans chaque communauté. Une seule chose est sûre. La révolution en cours est menée par une écrasante majorité de musulmans sunnites. Ce qui est normal puisqu’ils représentent 70% de la population syrienne. Cela ne veut pas dire que chaque combattant fait ses cinq prières par jour…

Les principaux ennemis des sunnites sont les alaouites (secte chiite du clan Al-Assad). Le risque d’une dégénérescence en guerre confessionnelle est grand…

C’est naturellement ce qu’il y a de pire à craindre. J’ai assisté à des combats d’une violence que je n’osais pas imaginer entre rebelles et miliciens alaouites du régime. Depuis le début de la révolte, la communauté du président Bachar Al-Assad se sent en danger et réagit aux extrêmes. Pour eux, c’est peut-être une question de survie… Le pire peut se passer à la fin de la révolution si les rebelles gagnent. Toute l’atrocité de cette guerre peut se retourner vers cette communauté en une tentative de génocide alaouite, entre Lattaquié au nord et Tartouze au sud, la ville d’origine de cette secte.

Comment, selon vous, la situation va-t-elle évoluer dans les prochains mois ?

Sans soutien international sur le terrain, les rebelles syriens ne peuvent que prier et remettre leurs existences entre les mains d’une puissance supérieure. Cette précarité offre un terreau favorable à tout prédicateur arrivant avec une valise pleine de dollars ou des munitions. Malheureusement pour l’occident, les réseaux radicaux ont, eux, une action de terrain. Ils parviennent à rallier, en tout cas en surface, une partie de l’opinion syrienne, plus écoeurée par l’attitude de l’Europe et des Etats-Unis que favorable à l’islamisation de la société. Al-Nosra n’est que le groupe médiatisé d’un phénomène qui prendra toujours plus d’importance en Syrie s’il n’y a pas prise de conscience dans la société syrienne et dans la communauté internationale.

Et l’Armée syrienne libre n’envisage pas de réagir ?

Par chance, l’ombre faite par Al-Nosra à l’ASL a été remarquée. Depuis un mois et demi environ, les accrochages se multiplient entre combattants de l’Armée syrienne libre et membres de Jabhat Al-Nosra. Ces combats sont un signe positif car ils signifient que toute la Syrie ne se laisse pas nécessairement entraîner sur une voie religieuse radicale. Mais en même temps, ces affrontements tombent mal. Toute dissension affaiblit militairement des rebelles qui parviennent à peine à garder la tête hors de l’eau face à l’armée de Bachar Al-Assad.

Jean Morizot

Les réactions à l’incendie du mausolée de Sidi Bou Saïd

Largement commentée, la destruction du mausolée de Sidi Bou Saïd a provoqué une vive émotion en Tunisie et chez les observateurs extérieurs. Cette profanation d’un lieu hautement touristique met au jour certaines inquiétudes. Une quinzaine de sanctuaires tunisiens ont été attaqués en moins d’un an.

Dès le lendemain de l’attaque du 12 janvier, Le Point a rapporté la colère et l’incompréhension des habitants du village, très fréquenté par les touristes. Le journal Business News a mis en ligne deux vidéos prises sur place aujourd’hui. On y voit des habitants scander “dégage, dégage, dégage !”. Les cibles de ces cris sont Rached Ghannouchi, leader d’Ennahdha (parti au pouvoir en Tunisie), et Ali Laârayed, ministre de l’Intérieur, venus visiter les décombres.

Les ruines du mausolée du saint Sidi Bou Saïd, qui a donné son nom à la localité du nord de Tunis. AFP

Sur le site Leaders, la journaliste Latifa Moussa s’en prend aux profanateurs du “phare de Carthage”, surnom donné par les Phéniciens à la colline sur laquelle se situe le village. Selon elle, les coupables, qui n’ont pas été identifiés, perpétuent ce genre de violation car ils ne sont aucunement inquiétés par le gouvernement; La Tunisie vit dans la crainte d’une radicalisation salafiste tolérée par un pouvoir passif.

Des attaques récurrentes

Sur le blog Western culturel, hébergé par le Courrier International, Benoît Delmas relaye un recensement par l’association Touensa de la quinzaine d’attaques de mausolées faites dans le pays depuis avril 2012. France 24 donne la parole à l’anthropologue Youssef Seddik. Ce spécialiste se désespère de la perte de manuscrits aussi précieux que ceux emportés par les flammes. « Avec la récurrence des attaques contre les mausolées, les autorités auraient pu récupérer ces manuscrits pour les mettre en lieu sûr, s’agace-t-il. Mais les gardiens des mausolées, qui sont généralement des descendants des wali – chefs spirituels-, refusent obstinément de se séparer des ces livres. Ils refusent même aux chercheurs d’y accéder. »

« En incendiant la Zaouia de Sidi Bou Saïd,ils ont brûlé tous les livres saints du Coran qui s’y trouvaient. Ces individus ne sont donc ni fous de Dieu ni de la religion ; Ce ne sont que des spécimens malfaisants » s’insurge Latifa Moussa.

Face à la colère populaire, le gouvernement a promis qu’il prendrait des mesures de protection des monuments historiques. Reste que le maire de Sidi Bou Saïd, Raouf Dakhlaoui, aurait mis à exécution sa menace de poursuivre en justice Rached Ghannouchi pour avoir tenu des propos incitant à l’attaque de mausolées.

Les dinars contre les livres

Jean Morizot, dessins de Guillaume Duchemin : www.futureisnow.blog.lemonde.fr

“Quand on parle du Liban, ce n’est pas pour la beauté de ses paysages.” ( tourisme au Liban 2/2)

L’accompagnateur George Gharios connaît le Liban, la Syrie, et la Jordanie comme sa poche.  Il revient sur la situation complexe du secteur touristique dans un pays encore hanté par le démon de ses guerres confessionnelles, où religion, politique, et vie sociale sont inévitablement liées.

Le soldat fait un signe de la tête pour indiquer au chauffeur de passer. Il le remercie d’un geste de la main et démarre. Le 4X4 blanc s’élance sur la route du Mont-Liban, en direction de la région du Chouf, territoire des druzes. Au volant, George Gharios, accompagnateur touristique dans les pays du Levant depuis 1996. Ce chrétien maronite, ancien militant des Forces libanaises (milices chrétiennes), a combattu onze ans pendant la guerre (1975-1990). Blessé à deux reprises, il s’est retiré en 1986, car « le diable ne voulait pas de [lui] ».
Quand son véhicule longe le bastion de la famille Gemayel, à Bikfaya, le visage jovial de George se durcit. Du ton froid de l’expert, George explique que l’ancien président Amine Gemayel et son fils Samy se terrent dans le bunker : « Tous les deux, il y a du monde qui les attend pour les assassiner. » Une phrase qui pourrait effrayer le visiteur inhabitué aux us du pays. Pourtant, à part la présence de quelques militaires engourdis par le froid matinal, rien à Bikfaya, ni ailleurs, ne laisse imaginer que les Libanais peuvent rechuter à tout instant dans la guerre civile. Des enseignes américaines de Beyrouth aux souks bourdonnants de Saïda, la décontraction des habitants étonne.
Coincé entre les cieux orageux d’Israël et de la Syrie, le Liban savoure sa paix, sous les regards inquiets de la communauté internationale.

 La situation touristique au Liban est catastrophique. Comment en est-on arrivé là ?

Depuis janvier 2011, nous sommes dirigés par un gouvernement pro-iranien mené par le Hezbollah chiite, qui soutient Assad. La prise du pouvoir par le Parti de Dieu a engendré une grosse pression des occidentaux. Par exemple, le ministère des Affaires étrangères français a inscrit les trois quarts du Liban en zone touristique rouge. En mars de la même année, les premières manifestations ont eu lieu en Syrie…

Qui sont les étrangers qui viennent, ou venaient avant ces événements, visiter votre pays ?
Au Liban il y a trois types de tourisme : La diaspora libanaise, les habitants des pays arabes, et les occidentaux.
On estime à 14 millions le nombre d’originaires du Liban éparpillés dans le monde, parmi lesquels l’homme le plus riche du monde, le Mexicain Carlos Slim Helù  (69 milliards de dollars selon Forbes). Ces expatriés attendent des jours meilleurs pour venir. A quoi bon visiter ce pays instable que leurs parents ont fui ? Et ils représentent un gain moindre pour l’économie du tourisme car ils logent généralement dans leurs familles.

Les riches habitants du Golfe représentent la moitié de votre fréquentation touristique.
Les arabes sont principalement Saoudiens, Kowetiens, Qatariens. Ils viennent en été, quand il fait trop chaud chez eux. Le Liban, pour eux, c’est l’Europe. Ils ne sont pas coincés par la religion; Ils ne viennent pas pour voir les colonnes de Baalbek. En ce moment, ils sont de très mauvaise humeur.

A cause du gouvernement chiite ?
Les pays du Golfe et le Liban ont des partenariats. Il y avait un accord. Saad Hariri (sunnite, fils de Rafic Hariri) devait rester Premier ministre. Quand il a été démis au profit des serviteurs de l’Iran et de Bachar al-Assad, leurs gouvernements ont dit : « Vous vous foutez de nous ? » Ils ont lancé un boycott sur le pays. Depuis, leurs habitants viennent de moins en moins.

Et les occidentaux ?
Quand on parle du Liban, ce n’est pas pour la beauté de ses paysages. Les occidentaux ne voient que des milices armées à la télévision. Quand al-Hassan (victime d’un attentat le 19 octobre) se fait tuer, cela fait l’ouverture des journaux. Le chef de la sécurité assassiné en pleine journée à Beyrouth, c’est une publicité moyenne pour l’image du pays…

Après avoir arpenté le Liban, cette image peut sembler injustifiée…
Vous avez eu peur à Saïda (foyer de vives tensions entre sunnites et chiites) ? Les Français me disent qu’ils se sentent moins en danger ici que dans le métro parisien. Il y a des zones à éviter ? Non, non, et non. En quinze ans de métier, je n’ai jamais eu un seul problème avec mes touristes au Liban. Demain je vous emmène dans la Bekaa (région à l’est du pays, où règnent les trafiquants) si vous voulez. Je peux même vous déposer à Beyrouth-sud (bastion du Hezbollah). On vous surveillera, mais personne ne viendra vous embêter. Le Hezbollah n’a pas envie d’attirer l’attention sur lui.

« Je peux vous déposer à Beyrouth-sud », où le Hezbollah règne en maître absolu.

Selon vous, vers quel avenir se dirige le Liban ?
Quand Bachar aura dégagé, les pro-iraniens auront les ailes coupées. Je pense qu’à ce moment, Israël mènera une guerre contre le Hezbollah pour supprimer son stock de roquettes. Le mouvement du 14 mars reprendra le pouvoir (coalition d’opposition hostile à Damas, qui regroupe les sunnites de Saad Hariri et les chrétiens opposés au général Aoun). C’est mon analyse mais beaucoup de Libanais la partagent. Vous voyez, on a dit qu’on ne parlerait que de tourisme, et nous voilà revenus à la politique. Tout y est tellement attaché ici…

Jean Morizot

Lire la première partie.

Nadine Morano défend l’UMP nouveau

Au lendemain de la victoire de Jean-François Copé, Nadine Morano a répondu aux journalistes devant le siège de l’UMP. Pendant une demi-heure, elle est revenue sur l’actualité de son parti, et s’est rappelée au bon souvenir de Nicolas Sarkozy.

Nadine Morano a consacré du temps aux étudiants venus à sa rencontre.

Vêtue de noir, la silhouette se détache sur les carrelages blancs du hall. Nadine Morano sort du siège de l’UMP. Elle se dirige vers la caméra de BFMTV. Une fois l’entretien terminé, elle accepte de répondre aux autres médias présents, puis invite les étudiants à s’approcher. Elle demande les noms de leurs écoles : « J’espère qu’ils forment un peu de journalistes de droite. En tout cas, gardez votre libre arbitre. » Une jeune fille a le cou à nu : « Vous avez pas froid ? Fermez moi ça tout de suite. Si vous étiez ma fille… »

Pizza et Beaujolais

Dès la première question, posée sur le « cafouillage » de ces élections internes, l’ancienne député attaque : « Première leçon de journalisme : Le moutonnage. Pourquoi ce terme de « cafouillage », que tous les médias reprennent? Marianne a fait un très bon papier sur le moutonnage, lisez le. Et pourtant Dieu sait si je n’aime pas Marianne. » Selon elle, ce genre de manifestation est complexe :  « Ce qui s’est passé ces derniers jours n’est pas un cafouillage. 160 000 personnes qui se déplacent pour voter, ce n’est pas comme Harlem Désir choisi par trois personnes dans un bureau. » 

Elle revient sur la situation de son parti : « Nous prendrons le temps de réunir la famille. Il n’y a aucune fracture idéologique ou morale. Consacrons nous à la France. » La réaction de François Fillon n’est qu’un « instantané d’amertume qui va très vite disparaître ». Le climat va s’apaiser. Elle évoque son foyer : « Chez-moi dimanche soir, on a mangé une pizza, on a bu du Beaujolais, avec les copéistes, et les fillonistes ».

« Il n’y a pas de leadership »

L’ombre de Nicolas Sarkozy plane sur la rue de Vaugirard. Morano, la fidèle de toujours, cite son idole quand on lui rappelle qu’elle a été parmi les seules figures de l’UMP à suivre Jean-François Copé dans cette bataille : « J’aime prendre des risques. Et comme disait Nicolas Sarkozy, le plus grand des risques est de ne pas en prendre. » Elle concède : « Il n’y a pas de leadership affirmé. Les militants ont choisi le langage sarkozyste, la ligne sarkozyste. » A propos des défections effectives ou à prévoir au sein du parti, elle tacle Chantal Jouanno : « Chantal vous savez, ça change tous les quatre matins. Un jour UMP, un autre UDI. »

Sur la caméra d’un reporter, le logo du Petit journal de Canal + apparaît. « Mais vous n’êtes pas journaliste vous !, raille Nadine Morano, vous êtes là pour amuser la galerie. » Elle évoque la non attribution de la carte de presse aux membres de l’équipe de Yann Barthès. Après s’être chamaillée avec l’homme, elle accepte qu’il lui pose sa question : « Copé a proposé à Fillon de devenir vice-président; Quel poste pour Nicolas Sarkozy ? » La réponse ne se fait pas attendre : « Sarkozy a le poste suprême, celui qui est dans le cœur des militants. » Le nouveau président de l’UMP appréciera.

Jean Morizot

L’heure est à la détente au siège de l’UMP

Après l’agitation des dernières 48 heures, la vie reprend son cours à l’UMP. Ce mardi matin, le siège de la rue de Vaugirard n’était plus au centre de toutes les attentions. Les ultimes remous de la primaire se sont fait sentir.

238 rue de Vaugirard. Devant les portes vitrées, un chauffeur attend dans une Peugeot 508. A 10 h 20, le député du Nord, Marc-Philippe Daubresse, sort du siège de l’UMP et s’arrête à côté de la voiture. Une trentaine de journalistes se pressent pour écouter sa déclaration.

Le vice-président de l’UMP propose d’enterrer la hache de guerre au perdant de l’élection, François Fillon, qui s’est incliné dimanche par 98 voix d’écart : « François, on pense la même chose sur beaucoup de sujets. »Il estime que l’ancien Premier ministre doit accepter la défaite et oublier son amertume, dans l’intérêt du parti : « On n’a pas le droit de se poser des questions sur soi-même. »

Jeanne fait partie de ceux qui ont apporté la victoire à Jean-François Copé

Les riverains passent, des badauds s’arrêtent. Une dame et sa fille hésitent à passer dans le champ des caméras. Elles se lancent en riant. Une dame âgée se présente pour remettre une lettre de félicitations à Jean-François Copé. Le vigile l’oriente vers le bureau d’accueil. Dans le hall désert, elle remet son courrier à la chargée de permanence. Au dessus de l’escalier qui mène au premier étage, l’imposante affiche de campagne de Nicolas Sarkozy n’a pas été retirée.

« J’ai toujours mon Nicolas avec moi »

Jeanne, 89 ans, est adhérente à l’UMP depuis 2007. Elle a apporté sa voix au vainqueur de l’élection : « Il est fantastique. C’est un garçon jeune, dynamique. » Pour elle, la droite a besoin de François Fillon, mais pas comme dirigeant du parti : « C’est plus un homme d’Etat. Je le sens fatigué. » Jeanne n’aime pas les querelles : « C’est idiot. Il faut faire comme les Américains. Au bon moment, ils cessent de se disputer et se serrent la main. »

A l’évocation de Nicolas Sarkozy, elle farfouille dans son sac : « Je vais vous montrer quelque chose qui va vous amuser. » Elle en tire un portefeuille qu’elle déploie. Sa carte de membre apparaît, accompagnée d’une photo de l’ancien président : « J’ai toujours mon Nicolas avec moi. » Pour elle, il reste « l’homme providentiel » qui pourrait tirer l’UMP de « cette pagaille ».

« Un gros lapin à l’intérieur »

Eugène, 82 ans, et Yvette, 75 ans, ont quitté leurs Côtes-d’Armor natales pour rendre visite à leur fille. Leurs yeux pétillent de curiosité, mais Eugène était plus impressionné par la cohue de la veille : « J’ai passé la moitié de la journée ici. Mme Perez… – Pécresse ! le corrige son épouse – Oui. J’ai cru qu’elle allait étouffer tellement ils se jetaient sur elle. »

Il reste une quinzaine de journalistes. « Il doit encore y avoir un gros lapin à l’intérieur s’ils restent » commente Eugène. Nadine Morano est dans l’immeuble. Le couple, qui sent que le plus amusant est passé, ne l’attendra pas : « On va rentrer surveiller notre soupe ».

Jean Morizot